Lettre à moi-même

Salut San,

Tu es en 2018. J’étais toi il y a un an et demi.

Tu viens de déménager. Nouvelle maison, nouveau quartier. Nouveau village. C’est excitant et un peu épeurant en même temps. Tu ne sais pas trop à quoi t’attendre. Je sais que tout ça est nouveau, et que tu as beaucoup à gérer, avec le déménagement, alors laisse-moi t’aider un peu.

J’ai envie de te donner un conseil: Fuck it. Je m’explique.

Tu vois? Je sais par quoi tu passes. Tu es débordée par les boîtes. Tu essaies de tout faire. Tu es heureuse d’avoir enfin ta première maison, mais tu ne connais pas encore l’endroit. Laisses-toi le temps d’arriver.

Tu n’es pas une excentrique. Tu aimes passer inaperçu, ne pas trop sortir du lot. Tu aimes pouvoir te fondre dans le décor. Mais je t’averti, ça ne sera plus le cas, ici. Ça n’est plus comme en ville, où les gens se foutent de leurs voisins. Ici, tout le monde se connaît. Ici, les gens remarquent.

Tu aimes la laine. Et par définition, il semblerait que tu te qualifies directement comme une drôle de bibitte. Enfin, c’est sûrement loin de la réalité mais c’est de cette façon que tu te sentiras quand tu sortiras tes balles et tes crochets en public. Les gens sont curieux, ils veulent savoir sur quoi tu travailles. Certain sont plus francs et posent directement la question. Les autres t’épient pendant que tu bois ton café et que tu fais quelques mailles, espérant en découvrir plus.

Au début, ça te gênera. Tu auras l’impression qu’on te juge un peu pour vouloir crocheter en public. Tu penseras: Non madame, je ne fais pas ça pour attirer l’attention! Que ce soit à la maison, en visite chez les parents, ou au parc pour enfants, tu as toujours ton sac de projet avec toi. Quand on t’invite, les gens le savent. Tu arrives en paquet de 4 avec ton conjoint, ta fille, et ton projet du moment. Alors pourquoi en serait-il autrement quand tu vas prendre un café?

Tu verras, dans le village, on t’adressera très peu la parole. Au début du moins. Sur Internet, tu as l’air sympathique, mais dans la vraie vie, tu es très gênée. Tu parles peu. Faisant rarement les premiers pas pour entamer une discussion. Non pas parce que tu ne veux pas discuter, mais parce que Tabarouette, tu sais pas quoi dire!! Alors tu as l’air un peu bête. C’est juste ton air naturel. Peu de tes voisins connaîtront ton nom (et pour être tout à fait honnête, je ne suis pas mieux, je ne connais pas le leur encore à ce jour!!). À l’école, tu seras un peu la maman transparente qu’on reconnait de visage, mais sans la connaître réellement.

Avec le temps, tu développeras de plus en plus ce que j’appelle du <<je-m’en-foutisme>>. Ça, c’est l’art de se foutre complètement de ce que les autres pensent de toi. Au début, tu voudras <<faire bonne figure>>. Ce sont tes voisins, après tout! C’est ton quartier! Ce sont les autres parents de l’école!

….

Fuck it.

Les gens t’observent parce que tu sors ta laine pendant le cours de danse? Fuck it. Fait-le quand même. Toutes tes tuques sont faites à la main et tu changes littéralement de modèle chaque jour? Fuck it. Portes-les fièrement. Elles sont belles, tes tuques. Tu as le goût de porter des oreilles de renard pour aller manger un morceau de gâteau au café du coin? Fuck it! On parlera de toi!

Aujourd’hui? Je suis épuisée de cacher ce que j’aime juste parce que c’est moins populaire. Je n’ai plus honte de mes crochets et de mes créations. Si tu doutes encore à montrer tes vraies couleurs, rappelle-toi ceci: Aujourd’hui, j’avais mes oreilles de renard sur la tête pour aucune autre raison que j’avais envie de les mettre. Une toute petite fille de 2 ans marchait avec son papa au village. Elle m’a vu, a pointé mes oreilles, et elle m’a fait le plus grand sourire que j’ai vu de toute la journée…. L’autre jour, je crochetais pendant une activité, le soir. Une personne a trouvé ce que je faisais tellement cool que j’ai reçu une commande!… Quand je faisais ma veste au café du coin, une dame m’a dit qu’elle regrettait de ne pas avoir apporté son tricot afin de m’accompagner pendant que je crochetais!… C’est chouette, hein!?

Alors je sais. Tu n’as pas tellement l’habitude d’être sous les projecteurs. Je te promet que tu vois ça plus gros que ça l’est réellement. Et quand, vraiment, les gens te remarqueront? Tu pourras les regarder, et comme cette petite fille que j’ai vu plus tôt, leur offrir le plus beau sourire qu’ils verront de leur journée.

Promis, un jour, tu seras fière de t’auto-proclamer…

La bibitte à laine du village!

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6 réflexions sur “Lettre à moi-même

  1. Tellement! Tellement « Fuck-it! » Je suis arrivée dans Charlevoix il y a 5 ans. Originaire du Bas-Saint-Laurent, j’ai vécu à Québec, à Rimouski et à Montréal. C’est dans cette ville que j’ai commencé à tricoter davantage. Je le faisais déjà à mon premier retour aux études à Rimouski, et j’étais déjà cette « bibitte » qui tricotait à l’UQAR, dans la cafétéria, qui attirait les regards, les commentaires me traitant de « grand-mère » (au moins, c’était sympathique), tout le monde était fasciné.

    À Montréal, il y a plus d’anonymat. Peu importe si on tricote dans le métro, dans l’autobus, dans un café, parfois, on aura un regard, un sourire, mais rarement une conversation. Depuis que je suis dans Charlevoix, quand je tricote, j’entends systématiquement « T’es après me faire une paire de bas? » « Ah, justement, j’ai besoin de pantoufles! » quand je ne tricote même pas des bas ou des pantoufles. Mais moi aussi, partout dans les salles d’attente, j’entends ces « ah, j’aurais dû apporter mon tricot, moi aussi! » « Quelle bonne idée de tricoter, ça passe le temps! Je tricote moi aussi, mais juste chez nous ».

    Câline, on n’est pas les seules tricoteuses ou crocheteuses, mais on dirait que nous sommes les seules à oser sortir de notre salon avec notre sac à projet. Moi, depuis 5 ans dans cette région, les gens se sont habitués et partout où je vais, c’est quand je n’ai pas mon sac de tricot qu’on me demande si tout va bien! « Tu ne tricotes pas aujourd’hui? Il est où, ton tricot? »

    Merci pour ton témoignage, et bravo d’oser tricoter, d’oser porter tes créations, de te foutre de ce que les autres pensent!

    Aimé par 1 personne

    • Des fois c’est juste de se laisser aller et d’oser. Parce que oui on a tous un peu le désir de plaire, mais si pour ça au doit rentrer dans un moule qui ne nous convient pas…. Fuck it!

      Merci Julie pour ton commentaire. ça me fait plaisir de voir que c’est une réalité que je ne suis pas la seule à vivre.
      San xx

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